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  • Arnaud

  • 21Jan 18

El Interno : restaurant en prison géré par les prisonnières

Cartagena, prison pour femmes San Diego. Vêtue comme une serveuse, Arleth Martinez donne un bisou aux photos de ses deux enfants avant de quitter sa cellule, de marcher quelques mètres et commencer sa journée à El Interno, le premier restaurant gastronomique qui fontionne dans une prison en Colombie.

A l’instar du centre de détention Pollsmoor en Afrique du Sud où Nelson Mandela a été emprisonné, et de la prison pour hommes à Milan, en Italie, de plus en plus de prisons testent ces expériences de réintégration à travers la cuisine.

Portrait d’Arleth Martinez, prisonnière serveuse à El Interno

Les images des jumeaux de 7 ans servent d’amulette à Martinez, une femme noire de 26 ans, qui doit paradoxalement vestir un uniforme pour quitter la prison et servir les clients. Elle porte une chemise et un tablier noir ainsi qu’un turban fuchsia coloré couvrant ses cheveux vers le haut.

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Il y a deux ans, Martinez est arrivé à San Diego, le port touristique de la prison des femmes de Cartagena pour purger une peine de six ans pour extorsion de fonds, mais sa vie a changé depuis décembre 2016.

“Même si je suis toujours en prison, je me sens libre parce que c’est un environnement complètement différent”, affirme-t-elle en rigolant. Au moins de ce côté, « vous ne pouvez pas voir la barrière” dit-elle.

Située dans le centre historique de cette ville d’un million d’habitants, San Diego est la première prison pour femmes avec une attention au public. Une fresque de fleurs peintes par les détenus domine la vue.

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Quinze des 150 détenus de San Diego – dont plusieurs sont accusées de trafic de drogue ou de meurtre – sont réparties entre la cuisine et le service à la clientèle. Pour deux jours de travail, ils retirent un jour de condamnation. Un rideau fuchsia sépare le restaurant des cellules.

Le menu de 90 000 pesos (30U$D) comprend apéritif, plat principal, dessert et jus de fruits. Un touriste peut profiter d’un « ceviche de poisson au lait de coco » à la “soupe de fruits de mer et son riz“ ou une « posta cartagenera« , une viande en sauce noire typique de la ville.

Un programme de resocialisation

El Interno se distingue comme une alternative de resocialisation en Colombie, le pays avec la deuxième plus grande population carcérale en Amérique du Sud (environ 120.000 détenus), après le Brésil.

Au cours des 17 dernières années, le nombre de prisonniers est passé de 51.500 à 119.500, selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Le durcissement des peines et le trafic de drogue remplissent les 138 prisons du pays, avec une capacité d’accueil de quelque 80.000 prisonniers.

« Je crois en une deuxième chance », peut-on lire sur le maillot de Martinez. Un signe similaire, au-dessus d’une flèche noire, pointe vers l’entrée du restaurant, une porte fuchsia.

Avec une capacité de 50 convives, l’endroit propose des dîners gastronomiques du mardi au dimanche. À 11 heures du soir, il ferme ses portes, et les femmes retournent dans leurs cellules.

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Comme la plupart des prisons en Colombie, il y a une surpopulation à San Diego. Il y a 150 femmes dans un espace qualifié pour 100, et comme dans d’autres prisons, beaucoup attendent des condamnations derrière les barreaux.

Le restaurant El Interno est une expérience de la fondation Acción Interna. Sa directrice, Johana Bahamón, s’est inspirée du restaurant InGalera, qui opère dans le parking de la prison pour hommes de Milan. Cette actrice de télévision blonde, 35 ans, a convaincu les autorités d’adapter l’idée à San Diego, à quelques mètres des hôtels cinq étoiles qui abondent dans la ville fortifiée.

En deux mois, ils ont formé les détenus à la cuisine, au service à la clientèle et à la boulangerie, et créé le menu avec l’aide de chefs renommés. L’endroit était adéquat dans la cour où les gardes avaient l’habitude de garer leurs motos. « Quand les gens entrent, ils savent qu’ils entrent dans une prison et qu’ils vont voir des prisonniers. Quand ils partent, ils partent heureux d’avoir rencontré des êtres humains talentueux, valeureux et réels”, explique Bahamón.

Aujourd’hui, au moins en soirée, Martinez se déplace parmi les touristes, les personnalités et les gens de la solidarité grâce à Bahamón et sa cause.  Mais quand cette femme est arrivée à San Diego, elle est entrée en collision avec la dure vie de la prison : la drogue, le manque d’hygiène et un bâtiment délabré. Pendant quatre mois, elle dormait à même le sol, dans une cellule avec 25 détenues, angoissée par les enfants qu’elle avait laissés à sa mère.

En prison, elle s’est diplômée de l’école secondaire (le bac) et est devenue serveuse pour El Interno. « Seuls les guerrières » parviennent à survivre en prison, explique fièrement Martinez, toujours souriante. Quand elle a commencé à travailler à El Interno, elle a reçu en récompense un lit superposé pour dormir.

1 réflexion au sujet de « El Interno : restaurant en prison géré par les prisonnières »

  • SORIANO| 14 Oct 2018 à 16:28

    J’ai trouvé une superbe idée de faire un restaurant dans une prison c’est original et l’ambiance y est top, le sourire au quotidien et apparemment les plats proposés m’ont l’air délicieux et typiques. L’émission vue hier soir m’a donné envie de connaître ce si beau pays qu’est la COLOMBIE et découvrir des endroits magiques comme cette prison resto! Bravo!


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